L’art d’entreprendre en immigrant

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. » Un certain chef d’état a franchi le Rubicon il y a quelques années avec cette phrase qui pourrait s’adresser aux natifs d’autres régions du monde, et surtout de son tiers le plus faible dont la reconnaissance de l’apport à l’œuvre de l’humanité est chahutée et mise sous voile. Sans engager le procès des faits historiques omis ou réécrits, j’aimerais porter l’attention sur le formidable défi qui s’offre à l’entrepreneur issu des diasporas. Ce défi comporte deux volets et engage la responsabilité de chaque membre de cette communauté bigarrée et métissée. Avec la fragilisation de l’économie par les crises économiques et la volatilité des bourses, une nouvelle ère d’éthique et de correction dans la gestion financière s’ouvre où chacun peut agir directement à son niveau pour compléter les effets de la gouvernance réalisée au nom du groupe.

Ainsi l’immigrant a à présent le devoir de réussir son intégration pour d’une part montrer la force de la contribution des diasporas dans des économies à la population vieillissante, et d’autre part aux modèles qui s’asphyxient par des années de conservatisme. Multiplier les exemples de réussite sociale par des immigrants, c’est changer l’image de cette couche de la population accusée à tort de marasme et d’inadéquation au système sociopolitique. On est habitué de les voir se contenter de survivre sous le poids des dettes et des rêves brisés pour occuper les places laissées par l’effet pernicieux du choc des mains d’œuvre (si ce n’est celui contemporain des civilisations) : la locale vs l’immigrante.

C’est bien un secret de Polichinelle au Québec de savoir que les immigrants en provenance de l’Afrique sont parmi les plus qualifiés, mais sont ceux qui ont le plus de mal à trouver un emploi à leur niveau de compétence. Réussir est donc un devoir d’honneur et d’ouverture de voie pour les générations futures appelées à prendre leur place dans des sociétés où l’économie et la politique dessinent un paysage qui peut très vite devenir hostile aux couches migrantes. L’engagement politique de certains n’est pas non plus superflu en ce sens qu’il garantit une représentation là où se prennent les décisions et où se prépare l’avenir des prochaines cohortes d’immigrants.

Le deuxième volet du devoir de réussite économique en tant qu’immigrant est la coopération avec les populations des patries mères. On a souvent remarqué le faible impact des politiques de développement effectuées à travers les institutions internationales. Les gouvernements des pays en demande justifient l’usage de ces fonds par un investissement dans des infrastructures pour le bien de tous, mais qui peinent à voir le jour concrètement. Il ne serait pas honnête de laisser en l’état ce manque de résultats en condamnant les populations les plus pauvres à voir les disparités s’accentuer et s’en remettre à Dieu pour ce qui est de leur avenir. Réussir, c’est créer de la richesse et un patrimoine par le travail de nos mains. Cette richesse donne le pouvoir aux membres de la diaspora de s’inscrire dans une coopération entre le sud et les ilots de sud (dans les Cités) par des investissements ciblés dans l’économie des pays d’origine pour concourir soi-même à leur affirmation (oubliez l’émergence et le développement) avec des ambitions sur l’échiquier mondial.

Enfin, cela devrait permettre à ces économies de se renforcer, le corollaire voulu étant d’en voir le pan informel intégrer l’économie de marché par un échange et un respect de la fiscalité et l’accès à des équipements devant aider la production de biens et services. Être entrepreneur ne se limite dès lors plus seulement à l’exercice d’une activité économique mais bien à prendre un rôle actif dans l’espace mondial afin de contribuer à l’essor des régions qui vivent l’iniquité ou une forme de domination. Cela est valable pour ceux qui ont accepté de prendre la citoyenneté du pays d’accueil. Leur double héritage offre des possibilités d’être au cœur des décisions prises au nom de la nation, sans perte de repères sur l’enjeu que constitue l’affirmation des économies laissées pour compte. Comme dit le proverbe africain « Si tu ne sais pas où tu vas, sache d’où tu viens ».

Entreprendre est le nouveau devoir proposé aux mains d’œuvres immigrantes pour servir la protection et l’affirmation de leur patrie au même titre que l’éducation, l’impôt ou le service national dans les temps plus anciens. Pour ceux qui s’en remettent à Dieu dans leur impuissance à changer les choses, sachez que Dieu accompagnera volontiers les efforts de changement et d’affirmation mais ne les réalisera pas à notre place. Son omnipotence ne nous affranchit pas des épreuves nécessaires au rétablissement de notre bon droit.

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